Camille a lu : Aurélien, d’Aragon

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Auteur: Louis Aragon
Année de publication: 1944
Nombre de pages : 697


«La seule chose qu’il aima d’elle tout de suite, ce fut la voix. Une voix de contralto chaude, profonde, nocturne. Aussi mystérieuse que les yeux de biche sous cette chevelure d’institutrice. Bérénice parlait avec une certaine lenteur. Avec de brusques emballements, vite réprimés qu’accompagnaient des lueurs dans les yeux comme des feux d’onyx. Puis soudain, il semblait, très vite, que la jeune femme eût le sentiment de s’être trahie, les coins de sa bouche s’abaissaient, les lèvres devenaient tremblantes, enfin tout cela s’achevait par un sourire, et la phrase commencée s’interrompait, laissant à un geste gauche de la main le soin de terminer une pensée audacieuse, dont tout dans ce maintien s’excusait maintenant.»


Me revoilà après plusieurs mois d’absence ! Je vais faire de mon mieux pour être plus régulière, même si ce n’est pas toujours facile.
Vous ne le savez peut-être pas, mais cette année je suis en khâgne, ce qui, en plus de sous-entendre charge de travail importante, vie sociale en berne et fatigue permanente (j’exagère à peine), veut aussi dire livres imposés par l’ENS. Il y en a quatre, et puisque Aurélien était le plus imposant c’est par lui que j’ai commencé. Autant vous dire que je me préparais à une lecture mécanique, dépourvue de toute passion. Et c’est précisément le contraire qui s’est produit.

Cette chronique n’est pas vraiment comme les autres pour moi, j’ai eu du mal à savoir par où commencer. Parce que ce roman est autant une histoire d’amour qu’une oeuvre poétique. C’est cette dualité qui me plait, mais je n’ai aucune envie de partir dans des considérations trop scolaires. Je n’ai pas encore eu de cours à proprement dit sur Aurélien et je pense que c’est le bon moment pour vous faire part de mon ressenti, avant d’être influencé par les analyses de ma prof.

Nous suivons donc Aurélien Leurtillois, parisien d’une trentaine d’année rentré du front depuis trois ans mais toujours hanté par la Première Guerre mondiale. Sa vie a beau être confortable, elle n’en est pas moins monotone : il n’a pas besoin de travailler et il enchaîne les conquêtes sans jamais s’attacher à aucune femme.
Tout change avec l’arrivée de Bérénice, la cousine de son ami Edmond Barbentane. Dans un premier temps cette jeune provinciale lui déplaît au plus haut point, mais peu à peu va naître entre eux une passion dévorante.

J’ai été happée par ce livre. Au début je regardais Aurélien Leurtillois avec une certaine méfiance et puis je me suis prise d’affection pour ce jeune homme en quête de sens. Sa relation avec Bérénice est très complexe. Il n’aurait accordé aucune importance à leur rencontre s’il n’y avait pas eu ce décalage entre ce nom fantasmé, qui fait écho à la tragédie de Racine et la jeune femme de chair et d’os qui lui fait face. Ça ne cadre pas. Il la trouve d’abord laide, voire exaspérante. Il la revoit plusieurs fois, finit par danser avec elle. C’est là que tout change, qu’il  la voit vraiment. Je trouve cette idée très belle, qu’une personne puisse changer du tout au tout lorsqu’elle a les yeux ouverts et lorsqu’elle a les yeux fermés.
Parallèlement à l’évolution de leur relation, interviennent de nombreux personnages, à commencer par Edmond Barbentane qui se fait un plaisir de manipuler son entourage dont sa femme Blanchette qui n’est pas insensible au charme d’Aurélien. Il y aussi tout cette société parisienne et bourgeoise des années vingt : le peintre Zamora, la riche Mary de Perseval, l’actrice Rose Melrose, le poète dadaïste Paul Denis… Paris elle-même joue un rôle central dans le livre, et en particulier la Seine et les noyés qu’elle charrie. Et bien sûr il ne faut pas oublier l’ombre de la guerre, tache indélébile dans la vie d’Aurélien et de millions d’autres hommes de l’époque.

Je suis définitivement conquise par la plume d’Aragon. Son style n’est pas lourd, on entre sans peine dans l’histoire, et pourtant il est d’une impressionnante profondeur. Il n’y a que l’épilogue que j’ai trouvé un peu long, bien que la fin ait été à la hauteur de mes espérances !

Petit aperçu de l’un de mes passages préférés :

«Il venait de choisir sa route, subitement. C’était sans appel. Il en avait décidé. L’amour. Ce serait donc l’amour. C’était l’amour. Un bouleversement total, une agitation intérieure. L’amour. L’étrange nouveauté de ce mot lui serrait le cœur. Il détourna la tête et regarda le feu. Le feu, les flammes. Des détails infimes de la bûche ardente, avec une fange de cendres blanches sur le bord grillé, l’intéressèrent au-delà de la raison. Et très doucement il retrouva le nom, puis le visage… Bérénice…»

Aurélien est un immense coup de cœur. J’ai rarement été autant emportée par un livre, c’est un vrai bijou de littérature !

Note : tea_and_books_avatar_by_kezzi_rose-d5xt05atea_and_books_avatar_by_kezzi_rose-d5xt05atea_and_books_avatar_by_kezzi_rose-d5xt05atea_and_books_avatar_by_kezzi_rose-d5xt05atea_and_books_avatar_by_kezzi_rose-d5xt05a(5/5)

Et vous, l’avez-vous lu ?

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