Namnam a lu : Némésis, de Philip Roth.

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Titre : Némésis | Auteur : Philip Roth | Nb pages : 272

Même si ce roman n’est apparemment pas le plus représentatif de l’oeuvre de Philip Roth, il m’a permis de découvrir cet auteur, et ce fut une lecture agréable pendant presque 300 pages. Enfin, agréable n’est pas tellement le terme qui convient avec un sujet aussi compliqué, mais je ne regrette pas cette lecture, loin de là. Dernier roman de l’auteur qui s’est juré de ne plus écrire, il nous entraîne dans un des faits les plus compliqués de la vie : la maladie.



Pendant l’été 1944, Bucky Cantor, un jeune homme de vingt-trois ans, vigoureux, doté d’un grand sens du devoir, anime et dirige un terrain de jeu. Lanceur de javelot, haltérophile, il a honte de ne pas avoir pris part à la guerre aux côtés de ses contemporains en raison de sa mauvaise vue. Mais voici qu’une épidémie de polio provoque des ravages parmi les enfants qui jouent sur le terrain. Elle lui offre l’occasion d’éprouver son sens du devoir alors que l’incompréhension, la panique et la colère grandissent dans la petite communauté.
Des rues de Newark au camp de vacances rudimentaire, haut dans les Poconos, Némésis dépeint avec tendresse le sort réservé aux enfants, le glissement de Cantor dans la tragédie personnelle et les effets terribles que produit une épidémie de polio sur la vie d’une communauté de Newark, étroitement organisée autour de la famille.


Après avoir lu quelques avis, je n’ai pas été aussi touchée que les lecteurs de la blogosphère. Mais ce n’est pas tellement un problème puisque je me suis lancée dans la lecture sans savoir où cette histoire allait mener. J’ai peut-être était un zeste déçue puisque le résumé affirme que cette épidémie ravageuse lui permet « d’éprouver son sens du devoir », chose que Bucky fait et je reviendrais là-dessus, mais je m’attendais à un engagement. Peut-être pas une reconversion subite – chose qui aurait été assez classique à vrai dire -, du type : le personnage est tellement dévasté par ce qui arrive et voyant que la médecine ne trouve pas de vaccin, il entre dans ce milieu et pouf, trouve le remède. Je ne crache pas sur cette possibilité puisque c’est une action noble, mais dans les romans, c’est assez facile à trouver. Je ne sais pas réellement quel type d’engagement j’attendais, peut-être qu’en dépit de sa mauvaise vue il insiste tout de même à entrer dans la guerre pour se sentir utile, rendre service à son pays. Même si ça aurait plutôt été une mission suicide ( oui parce que sur un champ de bataille sans voir grand chose, malgré les lunettes qui peuvent se casser très facilement… Voilà, tu fais pas long feu. ), j’admets que cette démarche, cet entêtement m’aurait bien plu. Mais non, malheureusement Bucky ne s’est pas engagé comme je l’aurais souhaité, et ça fait le bémol à souligner selon moi.

L’écriture – ou du moins la traduction qui en est faite – est plaisante, de longue phrase descriptive sans être étouffantes, une langue simple malgré les passages qui font un peu clinique, l’écriture reste très abordable : les effets de la poliomyélite sont décrits sans terme médicaux complexes, vraiment quelque chose à la porté de tous et c’est vraiment un bon point quand on lit un roman qui traite d’une maladie.
La narration quand à elle est toute particulière. Au premier abord, il nous semble que nous avons affaire à une narration à la troisième personne mais que nenni, elle est en réalité à la première personne. C’est un « je » qui anime le récit, mais il s’agit d’un personnage très secondaire qui enfant, faisait partie du terrain de jeu. On le retrouve dans le troisième chapitre – qui sont plutôt des parties -, il devient alors principal aux côtés de Bucky Cantor. Il apprend lors de déjeuner avec son ancien entraîneur la vie de celui-ci, qu’il nous raconte en s’effaçant totalement.

L’histoire en elle-même n’est pas passionnante dans le sens où; si vous désirez de l’action, des rebondissements à tout va, vous serez fortement déçus. Au milieu des ravages que cause la polio, le récit est étrangement calme, il pourrait vous sembler monotone. Ce roman n’est pas dans l’action, mais clairement plus dans la psychologie, et c’est ce qui le rend intéressant, voire passionnant de suivre cette étude du comportement humain suite à tant de morts.
Alors que cette maladie touche n’importe qui, que ce soit l’enfant de la voisine, le grand-père au marché, cette personne qui traverse la rue, Philip Roth nous parle principalement des enfants. Disons que c’est la cible qui touche le plus parce que dans notre quotidien, mais également à travers les pages de ce livre par les parents des malades, il est dit que c’est purement injuste comme ils avaient toute la vie devant eux, qu’ils s’agissaient d’êtres innocents. Et là, je dirais qu’il s’agit de mon bémol deuxième à souligner : j’ai un mal fou à supporter le fait que la vie d’enfants soit plus précieuse que celle d’adultes, pour moi celle du nouveau-né comme celle de l’octogénaire sont aussi précieuse l’une que l’autre, et l’importance d’une vie ne dépend pas d’un âge, du nombre de jours ou d’années qu’il reste à vivre. Parce que, comme le montre cette maladie, un enfant n’est pas exempt de mourir le lendemain. J’aurais aimé que les adultes soient un peu plus sujets de la poliomyélite au cours du récit, bien qu’ils le soient un peu plus lors de la deuxième partie mais voilà, les enfants restent les premières victimes. Ca me semblait un peu appuyer sur la corde sensible pour toucher le public, et ça m’a pas mal chiffonné.

Le côté psychologique est bien traité, et avec beaucoup de réalisme. Némésis déploie une palette de sentiments tels que la peur, la rancœur, la colère, allant jusqu’à l’hystérie. Qu’importe le sentiment qui naît chez les parents des victimes, ils mènent tous à quelque chose d’encore plus dangereux : la paranoïa. Dans le contexte de 1944, où par exemple les enfants du terrain de jeu tenu par un juif disparaissent les uns après les autres, vous vous doutez bien que l’antisémitisme pointe fortement le bout de son nez bien que l’histoire ait lieu en Amérique. Soudainement, on dit que ce doit être la faute des juifs, puisque à cette époque, ils sont dits fautifs de tous les problèmes sur Terre. Cependant, Philip Roth retranscrit très bien cette frustration, celle de ne pas savoir d’où provient la maladie. De nombreuses choses sont pointées du doigt comme un hot-dog mangé en sortant des cours, la chaleur et le soleil écrasant, des insectes, et pourquoi pas Dieu. L’auteur nous plante dans l’ignorance et nous ressentons cette impuissance de ne pas connaître la source, ce qui complique d’autant plus l’obtention d’un vaccin. L’hystérie anime Newark à tel point que des mesures démesurées sont prises, comme fermer les terrains de jeu, interdire aux jeunes le cinéma, les lieux publics comme  les bibliothèques, pour au final : rester cloîtré chez soi !
La psychologie est donc le point fort de ce roman, et l’est encore plus chez Bucky. Nous découvrons le passé de ce personnage qui ne fut pas facile, mais il parvient à vivre tout à fait normalement, connaissant le bonheur, jusqu’à ce fameux été 1944 qui aura dévasté sa vie. Déjà rongé par la honte et la culpabilité de ne pouvoir prendre part à la guerre, Cantor voit des angoisses naître suite aux enfants dont ils s’occupent qui sont victimes de cette maladie. Il essaie d’être le plus serein possible mais ne peut s’empêche de se sentir impuissant, de s’en vouloir encore plus de ne pouvoir stopper tout cela. Son engagement comme évoqué précédemment se dévoile lorsqu’il rend visite aux familles détruites, mais surtout mentalement. Son esprit est très engagé, et il se détruit à cause de tout cela. Lorsqu’il quitte le terrain de jeu pour se rendre au camp où travaille sa fiancée, c’est le début de sa déchéance bien qu’il se trouve sur un semblant de paradis terrestre. Tout semble pour le mieux, mais il ne cesse de se poser un milliard de question, d’avoir toute une réflexion sur Dieu et d’en parler à sa petite amie croyante, qui n’accepte pas son point de vue et est source de conflit. Sa culpabilité s’accroisse sans cesse, jusqu’à ce que dans la troisième partie, nous découvrons cet  être pourtant si fort précédemment, une montagne de muscles, un esprit solide totalement perdu. Anéanti, il n’est plus qu’un amas de dégoût envers lui, de honte, de souffrance. Il s’agit de la partie la plus émouvante, la plus sensible, mais également la plus étonnante : voir à quel point une maladie peut détruire des vie, aussi bien en causant des morts que sur la destruction du mental des survivants.

La fin est vraiment très belle, et conclu en beauté cette oeuvre. Alors que durant plus d’une quarantaine de pages, nous voyons à quel point Bucky est détruit alors qu’un vaccin est à présent trouvé, mais aux yeux du narrateur, mais également aux nôtres, il persiste comme étant cet athlète impressionnant, ce lanceur de javelot qui fut une inspiration, une source d’idéal à ces enfants de 1944.

Note : tea_and_books_avatar_by_kezzi_rose-d5xt05atea_and_books_avatar_by_kezzi_rose-d5xt05atea_and_books_avatar_by_kezzi_rose-d5xt05ahot_cup_of_tea_by_mouiikara(3.5/5)

Avez-vous déjà lu l’un des romans de Philip Roth ? 

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2 réflexions sur “Namnam a lu : Némésis, de Philip Roth.

    1. Merci beaucoup !
      Je note pour  » La tâche « , j’essaierais de trouver l’occasion de le lire pour découvrir un peu plus cet auteur ! 😉
      En tout cas les titres de Roth sont plutôt cocasses et vachement intrigants, même sans résumé j’ai envie de me lancer dedans pour voir à quoi ça mène !

      J'aime

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