Namnam a lu : Ensemble Encore, de Yves Bonnefoy

Ensemble Encore
Titre : Ensemble | Aueur : Yves Bonnefoy | Nb pages : 144

Chronique qui se veut hommage au grand homme qu’était Yves Bonnefoy. Premier ouvrage que je lis de cet auteur, acheté peu de temps avant sa mort. Ensemble Encore semble alors dire « Ensemble Encore, malgré la mort« . Une découverte qui m’a ému, qui a su me faire vibrer, et qui me donne fortement envie de poursuivre la plume de cet homme, pour me laisser entraîner par sa poésie, par sa magie, par ce qu’il a laissé de sa vie.


DEDANS, DEHORS ? Fuir, oui, par là ! Du côté du linge qui sèche. / Tant de couleurs ! Cette chemise, rouge, ces autres bleues. Ces blancs de toutes sortes de blanc. Ce gant de toilette resté sur l’herbe. / Ils rient. Ils jouent à être de la couleur, à s’en vêtir. À se lancer la balle de la couleur. La saisissant au vol ou se jetant l’un vers l’autre jusqu’à s’arracher à pleines mains le rouge, le bleu, souffle précipité, bouches proches. / Et maintenant ce vent du soir dans tout ce linge qui bouge ! / Un drap se détache, va-t-il s’envoler, non, il retombe, grand bruit. Passer entre ces deux autres grands draps qui claquent, mouillés encore. Se perdre dans leur blanc où bougent des ombres. Là où ils vont le soleil se couche. C’est à peindre. / Et justement un peintre est là, derrière son chevalet. Une barbe flave. Un canotier qu’il retient d’une main, à cause du vent. De l’autre, est-ce la gauche, il essaie de peindre. / C’est la variante « lessive » (extrait Ensemble Encore – résumé Babelio. )


Cet article me semble assez difficile à faire ; je ne sais que dire, je ne sais par où commencer. Sa taille risque d’être assez courte bien que j’aimerais enchaîner les mots pour conter la beauté de cet ouvrage, mais je crains ne pouvoir les trouver.
L’objet livre, tout d’abord, est très beau. Simple, épuré, mais de qualité. Editions Mercure de France, si cela vous intéresse. Un livre agréable à avoir en main.

Je ne peux pas vous résumer ce livre puisqu’il s’agit de poésie, plus particulièrement, de la prose, bien qu’il y ait quelques sonnets. L’auteur essaie de varier les genres puisqu’il y a des textes qui sont des semblants de théâtre, on remarque nettement qu’il s’agit d’un échange entre deux personnes mais les « répliques » ne sont pas marquées par un tiret ou par un nom. Il s’amuse avec sa prose, lui donne des visages différents.

Vous citer les thèmes est là encore compliqué, à mes yeux  il s’agit de constantes confrontations, dont deux sont majeurs : celle de la nuit et de la lumière, et celle d’être et n’être pas. Les deux thèmes d’une confrontation me semblent indissociables : dès qu’un texte peut relater de la nuit, d’un endroit sombre ( par exemple, prenons le texte sur l’Atelier du Peintre ), il y aura néanmoins des touches de lumières ( un rayon de lune. ) et inversement, dès qu’un texte rayonne, est empreint de lumière, une part sombre s’incorpore avec une ombre. Comme si dans chaque cauchemar, il y a une source de lumière pour nous rassurer, nous indiquer la sortie, mais que dans toute chose scintillante il y a tout de même une faible part d’ombre, et qu’il faut accepter les deux dans leur beauté.
De même pour la confrontation n’être/n’être pas, qui est encore plus marqué. En vérité, on pourrait étendre cela au vrai/faux. Il y a une perpétuelle remise en question d’Yves Bonnefoy qui se questionne énormément sur l’existence, qui n’est sûr de rien le concernant. Il ne sait pas s’il existe, ou si ce n’est qu’un mirage, qu’une persuasion ; il ne sait s’il se souvient véritablement, ou s’il s’agit d’autre chose ; est-ce vrai ou bien faux ; n’est pas qu’une chimère, une construction du cerveau ; est-ce véritablement cela ou bien est-ce seulement ce que je crois comme cela. Autant vous dire que ça peut vous frustrer, que cela peut vous sembler un peu répétitif mais c’est un réel questionnement qui, personnellement me touche, puisque je suis du genre à me tarauder avec ce type de questions.

En plus de la beauté des textes, de toute cette poésie, on a de la culture. Du moins, ce que j’entends par là, c’est qu’il y a des références, soient voulues, soient qui nous sont propres. Il y a un sonnet relatant une église détruite, et j’ai automatiquement fait le lien avec le massacre d’Oradour sur Glane, même s’il s’agissait apparemment d’une église en Allemagne ( si mes souvenirs sont bons puisque j’avais fais la recherche il y a un petit temps. ) Il y a également un poème nommé « La Grande Ourse » qui m’a fait songé au mythe d’Orphée, et après discussion avec une personne de mon entourage, il m’a également confié qu’il pouvait en effet y avoir référence. Alors, voulue ou non voulue, cela restera un mystère, mais chacun se fait son interprétation après tout. D’autres références sont très nettes, notamment avec Shakespeare, sachant qu’Yves Bonnefoy a traduit de nombreuses œuvres de ce grand dramaturge.

Vous dire clairement ce qui m’a tant séduite dans cet ouvrage m’est impossible, comme souvent avec la poésie.Je peux y être sensible, être secouée, touchée, mais ne parvenir à dire pourquoi. J’aurais tendance à dire « Parce que ça me parle », et ça s’arrête là. Je ne suis pas très douée pour donner des interprétations aux poèmes, et je ne cherche pas forcément à vrai dire, j’attends que ça me fasse quelque chose et si j’y reste neutre, alors je ne suis pas forcément sensible à la plume, et je parviens encore moins bien à interpréter les vers. A mes yeux, la poésie doit être une résonance, et chacun trouvera sa chose à dire sur le poème en fonction de son vécu, mais également de celui de l’auteur parce que les deux sont soudainement mis en lien, de là surgissent souvenirs et sentiments. Ce n’est qu’un avis personnel, je ne dis pas qu’il faut forcément avoir vécu ce qui est écrit pour le ressentir. Mais Yves Bonnefoy fouille dans les tréfonds de l’être humain et narre les choses avec somptuosité, avec magie. Il vous fait visualiser tout un univers, voyager au travers, et entendre tout ces murmures, toutes ces petites voix, il vous fait entendre les souvenirs du quotidien. Il vous ramène de véritables moments de vie.

Note : tea_and_books_avatar_by_kezzi_rose-d5xt05atea_and_books_avatar_by_kezzi_rose-d5xt05atea_and_books_avatar_by_kezzi_rose-d5xt05atea_and_books_avatar_by_kezzi_rose-d5xt05atea_and_books_avatar_by_kezzi_rose-d5xt05a (5/5)

Connaissez-vous Yves Bonnefoy ? A-t-il su vous transporter par le biais de sa prose ?

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